Détection précoce des traits autistiques

Des études ont révélé qu’entre l’âge moyen de repérage des premiers signes par les parents (17 mois) et l’âge moyen de la première consultation spécialisée (32 mois) à l’issue de laquelle le diagnostic de troubles autistiques est posé, il y a un délai important de l’ordre de 15 mois. On note que ce délai de 15 mois pourrait sûrement être réduit par une sensibilisation des parents ainsi qu’une meilleure information des professionnels au contact des nourrissons et des jeunes enfants.

De plus, un diagnostic précoce permettait de mettre en place le plus tôt possible une prise en charge à un moment de développement où la plasticité cérébrale pourrait permettre un certain degré de récupération. Plusieurs spécialistes soulignent en effet un meilleur pronostic évolutif lorsque la prise en charge est précoce.

Cependant il faut rester prudent, car la possibilité même d’un diagnostic avant trois ans est discutée. Pour l’instant, avant trois ans, on peut repérer des signes évocateurs d’un « futur » autisme, mais poser un diagnostic avant 2 ½ -3 ans paraît délicat, dans la mesure où il a été montré que les taux d’erreurs sont d’autant plus élevés que l’enfant est jeune.

1Signes d'alerte qui peuvent donner un soupçon d'autisme

certains comportements anormaux peuvent donner un soupçon d'autisme. Pour rechercher ces premiers signes, ces indices d'alerte, nous irons puiser dans les caractéristiques de l'autisme.

Contact social

En premier lieu nous pourrions observer un repli sur soi, l'absence de contact social ou une façon anormale, étrange d'entrer en relation avec autrui. C'est la caractéristique principale de l'autisme. Pour un enfant en bas âge, l'alerte pourrait être donnée du fait qu'il ne regarde pas les yeux des parents lorsque ceux-ci se penchent vers lui. En effet, pour un enfant l'éveil du contact social normal est tout d'abord le contact oculaire. Le regard fuyant d'un enfant peut être un premier signe d'alerte. L'enfant qui ne répond pas à un sourire présente aussi une incapacité de contact. Nous insistons sur le fait qu'il s'agit ici d'un soupçon, qui demande à être vérifié. En effet, un enfant aveugle ou malvoyant ne répondra ni au regard ni au sourire.

Jeu imaginatif

Secondement, nous pourrions observer si l'enfant en bas âge est capable de jeu imaginatif : "faire semblant" de manger, de nettoyer, de verser avec un jouet. C'est une compétence qui est normalement acquise avant l'âge de deux ans.

Pointer du doigt

Un troisième signe peut se découvrir en montrant ou pointant un objet ; si la communication ne passe pas, l'enfant regarde ailleurs. Aussi, un enfant qui présente des signes d'alerte n'utilisera pas son propre doigt afin de pointer un objet ou d'attirer l'attention d'autrui vers cet objet.

Langage

Un quatrième facteur d'alerte se révélera lorsque l'enfant grandissant présente une déficience dans le langage; il ne comprend pas bien ce qu'on explique, et il s'exprime mal; il exprimera sa pensée par des mots, sans former des phrases.

Imitation

Comme cinquième facteur nous mentionnons pour l'enfant, même adolescent, une incapacité d'apprendre par le fait de voir comment font les autres, c'est l'apprentissage par l'exemple, l'imitation.

Changement

Un sixième signe que nous pouvons observer chez l'enfant et même chez l'adulte, est la résistance au changement : changer de jouet, de chambre, de travail, de programme, de classe, de professeur. Un changement par rapport à une habitude prise est pénible et peut provoquer une crise de colère ou de pleurs, ou peut se traduire par une propension à être maniaque.

Gestes stéréotypés

Un dernier signe que nous mentionnons : des gestes inutiles, stéréotypés, répétés avec énervement; par exemple, agiter les mains, ou les porter l'une vers l'autre de façon répétée et rapide, se balancer, tourner sur soi, agiter des bouts de ficelle devant les yeux, faire tourner des objets, ...

Autres signes

D'autres signes d'alerte concernant des déficits divers, physiques et mentaux, peuvent en outre être présents. Ceux-ci ne sont pas spécifiques à l'autisme mais relèvent davantage d'un retard psychomoteur souvent associé à la problématique autistique : retards dans l'apprentissage de la position assise et dans la marche, maladresse motrice, incapacité à empiler des objets ou à les emboîter, ...
Au cours de l'enfance et de l'adolescence les signes évoqués ci-dessus persistent, au moins partiellement. Même si l'enfant présente une scolarité normale, celui qui reste systématiquement seul contre un mur durant la récréation à l'école, et s'isole des autres, souffre d'une déficience du contact social.
Les signes d'alerte que nous avons évoqués ci-dessus ne forment que quelques facteurs principaux. Une étude plus approfondie des caractéristiques de l'autisme peut compléter ce qui précède. Toutefois, nous insistons sur le fait que si certains de ces signes sont présents, ce n'est pas encore un indice d'autisme, cela doit susciter un soupçon, une alerte, sans plus. Nous nous trouvons donc face à une incertitude au sujet d'un enfant (ou d'un adulte) pour lequel on aurait remarqué un comportement anormal, déroutant parfois, qui pourrait faire penser à l'autisme.

Symptômes

Nous observons chez les personnes atteintes d'autisme des difficultés marquées dans trois domaines : les interactions sociales,la communication et les intérêts. Elles ont des difficultés à entrer en relation avec les autres; elles s'isolent; en groupe on les voit absentes des autres. Souvent leur regard est fuyant. Mêmes quand elles s'intéressent aux autres, elles le font de façon inadaptée et étrange. Il leur est pratiquement impossible de s'engager dans un jeu spontané de "faire semblant". Elles s'expriment mal ou pas du tout, comprennent et interprètent autrement que nous ce qu'on leur dit ou ce qui leur arrive. Quand elles parlent, elles peuvent revenir de façon incessante sur un sujet particulier ou répéter les mêmes mots et phrases. Elles ont difficiles à s'engager dans une conversation avec autrui. Elles s'opposent à toute forme de changement. Il leur faut un cadre de vie stable: personnes, lieux, mobilier, horaires. Quand elles en sont capables, une occupation ou un travail répétitif leur convient mieux. Les notions abstraites leur sont étrangères; elles font rarement une analogie. Elles ont des difficultés à généraliser et tout apprentissage ou scolarité est difficile et requiert des interventions adaptées. Des mouvements anormaux, des gestes stéréotypés sont aussi remarqués: balancement, grimaces, démarche anormale, tournoiement du corps ou d'objets, battements des mains ou des jambes.
Certaines personnes sont remarquablement douées dans un domaine précis: mémoire des chiffres, musique, dessin, puzzle, etc. Les personnes atteintes gravement ne parlent pas, ont des difficultés motrices, sont sujettes à des troubles du comportement plus ou moins graves et parfois s'automutilent. Les troubles du comportement sont la cause principale d'exclusion des structures scolaires et d'hébergement. Contrairement aux idées reçues, ces troubles peuvent être traités efficacement.

2Outils diagnostic

Face à de tels troubles, l’évaluation diagnostique et l’évaluation du développement sont deux composantes essentielles pour intervenir auprès de personnes atteintes d’autisme. On insiste sur le fait que « l’évaluation diagnostique est incontournable pour identifier la symptomatologie et spécifier le trouble sur le plan nosographique, et l’évaluation psychologique est indispensable pour situer la personne dans son développement. »

Dans cette démarche diagnostique, psycho éveil dispose de plusieurs outils :

L'observation du comportement

Le psychologue observer l’enfant dans différentes situations. Une observation clinique d’une durée suffisante, éventuellement répétée dans le temps afin de recueillir les capacités et difficultés de l’enfant

Les classifications nosographiques

La CIM 10 et le DSM IV-R sont des classifications nosographiques qui considèrent l’autisme infantile comme le prototype des troubles envahissant du développement. Le diagnostic repose sur des critères liés : aux perturbations qualitatives de la communication, aux perturbations qualitatives de la socialisation et aux intérêts restreints ou aux comportements répétitifs ou stéréotypés.

L’ADI-R (Autism Diagnostic Interview Revise ; Lord, Rutter, Le Couteur, 1994)

L’ADI se présente sous la forme d’un entretien semi-structuré réalisé avec des parents d’enfants suspectés autistes. Cet entretien dure environ deux heures. Sa trame se base sur la description des comportements actuels de l’enfant et lorsqu’il avait 4/5 ans dans les trois domaines où la CIM 10 décrit des perturbations caractéristiques de l’autisme.

L’ADOS-G (Autism Diagnostic Observation Schedule; Lord, Rutter,LeCouteur,1995)

L’ADOS est une échelle complémentaire à l’ADI. Il s’agit d’une observation semi-structurée utilisée chez des enfants dès 2 ans et chez des adultes, quel que soit leur niveau langagier. L’ADOS permet de recueillir des informations concernant le jeu, les intérêts, les comportements, la communication et les interactions réciproques.

La CARS (Childhood Autism Rating Scale ; (Schopler, Reichler, Devellis, Daly, 1980, traduite en français par B. Rogé en 1985).

Cette échelle diagnostique permet de donner une appréciation du degré de sévérité du trouble autistique à partir de l’observation du comportement de l’enfant. Elle évalue 15 domaines spécifiques : les relations sociales, l’imitation, la communication verbale, la communication non verbale, les réponses auditives, l’utilisation des objets, les réponses émotionnelles, l’utilisation du corps, l’adaptation aux changements, les réponses visuelles, les réponses et les modes d’exploration (odorat, goût, touché), la peur/l’anxiété, le niveau d’activité, le niveau intellectuel/homogénéité du fonctionnement et une appréciation générale.

Evaluation de la communication et du langage

Notons que les altérations qualitatives de la communication représentent un aspect important dans le diagnostic d’autisme. Les altérations portent d’une part sur l’acquisition du langage formel, et d’autre part sur la pragmatique c'est-à-dire l’utilisation du langage lui-même. La moitié des enfants avec autisme n’acquiert pas le langage fonctionnel (Lord et Paul, 1997). Les problèmes socio-pragmatiques sont principalement observés au travers de la rareté des actes déclaratifs.

ECA-R « Echelle des comportements autistiques Révisée » (Lelord et Barthélémy, 2003)

Cette échelle permet de dresser un « portrait comportemental » à partir d’observations de l’enfant dans son environnement habituel.
La cotation est effectuée par des personnes qui connaissent bien l’enfant. Cet outil permet d’apprécier différentes anomalies dans les grandes fonctions : le retrait social, les troubles de la communication verbale et non verbale, les réactions bizarres à l’environnement, la motricité perturbée, les réactions affectives inadéquates, les troubles des grandes fonctions instinctives (comme les activités corporelles particulières, les troubles du sommeil et les troubles dans le partage émotionnel), les troubles de l’attention, les troubles des perceptions et les troubles des fonctions intellectuelles.

Echelle du Brunet Lézine (Brunet Lézine, 1976)

Cette échelle évalue la posturo-motricité, la coordination occulo- manuelle, le langage et la sociabilité chez des enfants âgés entre 0 et 6 ans. Cet outil consiste en une passation par l’enfant d’items spécifiques et en entretien structuré avec une psychomotricienne spécialisé. L’examen du développement psychomoteur et sensorimoteur sert à examiner la motricité, les praxies et l’intégration sensorielle.

Le PEP-R (Schopler, 1994) Profil Psycho Educatif

Le PEP-R propose une approche développementale de l’évaluation des enfants atteints d’autisme ou d’autres troubles du développement apparentés. Le matériel du PEP-R est constitué d’un ensemble de jouets et de matériels pédagogiques qui sont présentés à l’enfant au cours d’une période de jeu structurée. Cette évaluation est plus spécialement adaptée aux enfants jusqu’à 12 ans.
Le PEP-R donne des informations sur le niveau de développement atteint dans différents domaines : imitation, perception, motricité fine, motricité globale, coordination oculo-manuelle, performance cognitive et cognition verbale
Le PEP-R identifie aussi l’importance des troubles du comportement dans les domaines suivants : relations et affects (coopération et intérêt pour les personnes), jeu et intérêt pour le matériel, réponses sensorielles et langage. Ces 4 types de comportements sont cotés « appropriés », « légers » ou « sévères ».

Le C.H.A.T Check-list for Autism in Toddlers

Le C.H.A.T. est constitué de deux questionnaires : l'un réservé aux parents, l'autre au psychologue. Le questionnaire pour les parents compte 9 items qui testent plusieurs domaines de développement, dont ceux qui intéressent l'autisme, mais aussi d'autres domaines, comme par exemple le développement moteur

le C.H.A.T. peut être considéré comme un bon outil de détection précoce de l'autisme (à partir de 18 mois), puisque les enfants détectés positifs au test ont presque tous reçu par la suite un diagnostic d'autisme.

3Prise en charge spécialisée

Méthodes psycho éducatives

Méthode ABA

La méthode AB (sigle anglais pour Applied Behavioral Analysis ou "analyse appliquée du comportement") est une méthode éducative inspirée du béhaviorisme.

Cette méthode consiste à stimuler les enfants autistes tout au long de la journée par divers exercices.

Ce travail intensif de rééducation en compagnie d’une équipe spécialisée formée à cette méthode a pour but de développer l’autonomie des enfants souffrant d’autisme et de permettre leur intégration dans la société.

La méthode ABA a fait ses preuves dans de nombreux pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou en France.

Même si cette approche comportementale ne "guérit" pas de l’autisme, elle permet de développer les capacités verbales des enfants autistes et de réduire les troubles du comportement.

Une prise en charge précoce, dès l’âge de 4 ans, permettrait ainsi de réintégrer dans le milieu scolaire près de 50% des enfants.

METHODE PECS

C’est un moyen de communication augmentative (qui complète un langage oral existant mais insuffisamment fonctionnel, élaboré et/ou intelligible) ou alternative (qui se substitue à un langage oral tout à fait absent). Il peut être proposé à des enfants ou adultes avec autisme mais aussi à des personnes porteuses de trisomie, déficience intellectuelle, dysphasie, aphasie, maladie d’Alzheimer….

De façon spécifique, le PECS se concentre donc sur l'émergence d'une communication efficace entre les autistes et le monde extérieur. Pour y parvenir, on mise sur des exercices préalablement structurés, bien que l'on tire également profit des situations quotidiennes et de leur spontanéité. Dans une perspective de communication, le système fait en sorte que les enfants apprennent rapidement à approcher les autres pour amorcer l'interaction par eux-mêmes.

De manière globale, le système est construit autour de l'utilisation de pictogrammes : ceux-ci prennent souvent la forme de dessins schématiques représentant un objet, une idée ou une action. Sous l'image, on trouve généralement la signification du concept formulée en un ou quelques mots.

Graduellement, les enfants autistes peuvent apprendre à répondre à des questions directes; certains développeront aussi un langage oral. Soulignons d'autre part que, même si un important pourcentage d'autistes ne communique pas clairement de façon verbale, cela ne témoigne pas pour autant d'une faible intelligence. Ce mutisme traduit plutôt leurs dysfonctionnements typiques en regard à la communication et à la socialisation.