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Divorce : l’enfant entre désillusion et reconstruction

La construction d’une famille « solide » qui tient le coup contre vents et marrées est devenue un vrai défit aujourd’hui. Garantir l’avenir pour ses enfants, affronter les difficultés quotidiennes sur tous les fronts, notamment professionnelles, relationnelles, familiales, éducatives, et trouver les moyens de préserver l’équilibre de son couple au milieu de tout cela exige une dépense d’énergie monstre. Dans notre pratique, nous voyons de plus en plus de couples divorcés ou en cours de séparation qui se posent beaucoup de questions concernant les conséquences sur leurs enfants. Une séparation est difficile à vivre pour les parents. Qu’en est-il pour les enfants ? Comment le leur annoncer ? Comment minimiser les dégâts ? Faut-il forcément consulter un psy ?

Contrairement à ce que peuvent en dire certains films qui dédramatisent le divorce et ses effets psychologiques sur les enfants, cette expérience est toujours difficile et douloureuse pour eux, quel que soit leur âge et même si la situation antérieure à la séparation était vraiment pénible à la maison.

Quel impact psychologique ?

Pour tous les enfants de parents divorcés, c’est tout un ensemble de réaménagements psychiques à faire pour s’adapter à sa nouvelle vie mais c’est surtout un travail de deuil préalable nécessaire, deuil de la famille idéale, du couple conjugal de ses parents, de la vie sous le même toit…

Cependant, les conséquences peuvent varier en fonction de l’âge de l’enfant, de son stade de développement, de la nature et du mode d’expression du conflit conjugal et des circonstances socio-économiques. Pour le nourrisson, la régularité, la permanence et stabilité des repères sont ce qu’il y a de plus important. C’est pourquoi tout changement doit s’opérer avec douceur. Il est également très sensible à l’état psychique de ses parents (dépression, angoisses…) et aura du mal à comprendre les raisons du trouble qu’il perçoit, à lui donner du sens. Il peut réagir par de l’agitation, de l’agressivité… Entre deux et quatre ans, la séparation parentale peut perturber l’acquisition du language et le développement psychomoteur, notamment par des régressions. Il peut aussi y avoir des perturbations du sommeil (cauchemars, terreurs nocturnes…) et de l’alimentation, de la tristesse, de la colère ou encore des somatisations (douloeurs abdominales, vomissements, migraines…). C’est sa façon de réagir inconsciemment aux modifications de la qualité des soins de sa mère, qualité qui est souvent perturbée par la douleur et la souffrance de celle-ci. Dans son lien d’attachement avec son enfant, les mères qui vivent une séparation reporte souvent leurs ressentiments, et ce de manière inconsciente. C’est ainsi que nombre d’enfants ont des sentiments d’abandon et d’insécurité. A cette âge aussi, les enfants sont dans une pensée égocentrique. C’est-à-dire qu’ils ont tendance à ramener à eux-mêmes tout ce qui arrive autour d’eux. Il convient de faire attention ici à la culpabilité souvent retrouvée chez cette tranche d’âge car ils se croient responsables de la séparation de leurs parents.

Entre 5 et 7 ans, les réactions de l’enfant se caractérisent par la tristesse, l’amertume et le chagrin. Il peut vivre un sentiment de rejet et de peur. De 9 à 12 ans, il peut développer des phobies, somatiser certaines de ses difficultés et perdre confiances en ses moyens. Il vit en fait un profonf sentiment de perte, de rejet et de solitude. A l’adolescence, période déjà critique en soi, il craint l’insécurité financière et devient sensible au comportement sexuel de ses parent. Les adolescents peuvent se replier davantage sur eux-mêmes et vivre leur tristesse dans la solitude. Bref, l’enfant a beaucoup à perdre dans la situation de divorce ou de séparation, notamment le sentiment de sécurité affective, avec parfois un syndrome d’abandon, la tendresse de ses parents réunis autour de lui et la satisfaction de partager des moments ensemble, la possibilité de s’identifier et d’exprimer les désirs qu’il éprouve à l’égard de ses deux parents, chose qui lui permet de se construire un modèle de couple… Il peut éprouver de la colère vis-a-vis de ses parents, de la honte devant leur séparation qu’il essaiera de garder comme un secret, de l’espoir qu’ils se réconcilient et revivent ensemble…

Comment le leur annoncer ?

L’enfant de parents séparés est souvent confronté à des changements dans son rythme de vie. Sa capacité d’adaptation varie avec l’âge, sa personnalité, mais dépend aussi de la façon sont sa mère et son père lui expliquent les conséquences de leur séparation sur sa vie quotidienne. L’enfant doit être averti dès que la décision de la séparation a été prise et accompagné dans ses questionnements et ses inquiétudes tout au long et même après la fin de la procédure. Il est important de lui parler « vrai » et d’utiliser des « mots justes », comme le dit Françoise Dolto. Le message essentiel à lui faire passer pour que sa sécurité de base ne soit pas altérée, c’est que le couple parental reste uni même si le conjugal se sépare, et que le divorce ne signifie pas qu’il va perdre une mère ou un père. Par cette garantie de l’amour qu’ils continuent à lui porter, les parents peuvent ainsi assurer leurs fonctions de protection et de transmission et soulager l’enfant de sa responsabilité dans leurs conflits et de son sentiment de culpabilité.

Quelles attitudes éviter ?

Il est important que chacun des parents fasse attention au discours qu’il tient sur l’autre devant l’enfant, que la parole qu’il lui adresse intègre et n’exclue pas l’autre. C’est cette parole respectueuse, aimante et dénuée de rancune ou de manipulation qui fonde la sécurité intérieure et l’identité sexuée de l’enfant. Lorsque les critiques prédominent et que l’un des parents utilise l’enfant pour exercer sa rancoeur, lorsque l’enfant est pris en otage dans un conflit sans fin où l’un est présenté comme le « bon parent » et l’autre et ses proches comme les « mauvais parents », la parole devient impossible, porteuse de trop de souffrance et l’enfant, blessé, est conduit peu à peu vers un rejet définitif du « mauvais parent ». C’est ce que l’on appelle le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP). C’est-à-dire quand un parent aliénant dévalorise l’autre parent qui devient aliéné, mais de façon injustifiée, sans que ce dernier l’ait mérité par un comportement de rejet ou de maltraitance. Les enfants victimes de SAP se retrouvent ainsi au milieu d’un conflit de loyauté où ils se sentent obligés de « choisir » un camp au détriment de l’autre. Cette déchirure risque de les pousser à reprendre à leur compte les douleurs parentales et à modeler leur comportement sur celui de leurs parents, ce qui menace gravement leur identité. Il est important de veiller à instaurer un climat de confiance entre les parents. Ce n’est qu’ainsi que l’enfant peut se sentir respecté et en sécurité avec chacun d’entre eux.

Quand faut-il consulter ?

La médiation par un tiers, psychologue ou psychothérapeute, est à envisager dans le but de favoriser un climat de tolérance et de conciliation entre les parents, afin qu’ils privilégient le bien-être et l’intérêt de l’enfant eu lieu de leurs conflits et problèmes personnels. Si la séparation peut se faire dans un esprit de négociation compréhensive, il y a moins de risques que les enfants soient entraînés dans des querelles interminables, extrêmement néfastes pour eux. L’enfant a besoin de comprendre que le divorce est non seulement un moindre mal mais qu’il est un acte responsable de la part de ses parents et que son but est de faire cesser une souffrance. La psychothérapie peut aider certains enfants qui développent des difficultés comportementales et psychologiques, à liquider les réactions et les affects négatifs suscités par la situation, que ce soit en raison d’une personnalité vulnérable ou de conflits qui perdurent entre les parents après le divorce.

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