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La vérité si je mens

« Au secours, mon enfant me ment déjà à 4 ans. Il sera un vrai manipulateur plus tard ! ». Beaucoup de parents s’inquiètent souvent quand leurs jeunes enfants ne disent pas la vérité, car ils ont peur que cette attitude ne s’installe dans le temps ou qu’elle ne soit le reflet du caractère de leurs enfants. Pas de panique ! Non seulement les mensonges chez les tous petits sont chose normale, mais ils sont aussi signe d’un bon développement cognitif et psychoaffectif.

Tous les enfants mentent pour des raisons multiples et différentes en fonction de leurs âges. Cette activité spontanée émerge dès l’âge de 2/3 ans et est liée au travail de l’imaginaire, au sentiment de toute-puissance chez l’enfant ainsi qu’à l’évolution de ses fonctions exécutives. Avant l’âge de 6/7 ans, appelé autrefois l’âge de raison, l’enfant ne connaît pas le mensonge. Il a cependant tendance à déformer et à altérer inconsciemment la réalité parce que sa structure psychique ne lui permet pas encore de différencier l’imaginaire de la réalité. Tout est possible dans son monde, il ne peut discriminer la réalité de la fable et donc pour lui le mensonge est exclu. On parle donc de pseudo-mensonges. C’est ainsi que le poisson rouge qui a mangé les bonbons qui étaient dans le placard et la pluie tombée du ciel qui a noyé la salle de bain.

Quand tout se passe bien au niveau du développement général de l’enfant, c’est vers l’âge de 7 ans que s’éveille la conscience morale qui existait jusque-là à un état embryonnaire. Le mensonge devient ici intentionnel et les raisons qui peuvent l’y inciter sont nombreuses, un besoin est rattaché à chacune de ces raisons.

Pourquoi mentent-ils ?

La crainte des réprimandes est le motif le plus fréquent des mensonges, car l’enfant se trouve dans un état de dépendance complète. Il est soumis à la surveillance de ses parents et enseignants, aux normes et aux règles, au permis et à l’interdit et toute désobéissance est passible de punition. Nos réactions d’adultes face à leurs bêtises peuvent les pousser au mensonge par peur de nos réprimandes. Ils vont s’en servir pour se protéger de cette situation qu’ils redoutent.

Le mensonge peut aussi être une forme d’immaturité, un rapport narcissique un peu fragile contre lequel l’enfant va essayer de se battre. Il va ainsi mentir par frustration suite à un échec, pour plaire ou impressionner la galerie. Combien de jeunes enfants ont raconté des histoires imaginaires sur l’héroïsme de leur père ou des exploits fictifs qu’ils auraient eux-mêmes accomplis. Le mensonge camoufle dans ces cas une faible estime de soi et son but est de se valoriser aux yeux de ses pairs.

L’enfant peut également omettre de dire la vérité car celle-ci est trop dure à dire. Celui-ci inventera un merveilleux week-end passé en s’amusant avec ses parents pour ne pas dire que ces derniers n’ont cessé de se quereller encore. Celui-là dira qu’il a plein d’amis à l’école alors qu’en réalité il souffre de solitude et se sent rejeté par ses camarades. Le mensonge dans ces cas peut être un moyen de se rassurer, de s’inventer son propre monde. Cette façon d’aménager la vérité exprime un mal-être, une difficulté face à laquelle l’enfant cherche un soutien, une aide par le mensonge.

Chez les adolescents, le mensonge va servir à préserver un espace de liberté, loin des parents. Il peut être intéressant ici d’aborder avec eux la notion de confiance et de leur expliquer que le mensonge crée un climat de méfiance et de doute.

Comment réagir ?

En tant que parent, il est important de considérer les mensonges pour ce qu’ils sont, à savoir un moyen d’expression d’un désir ou d’une difficulté, un malaise chez l’enfant. Il s’agit d’une occasion d’éduquer car dire la vérité n’est pas inné comme on nous l’a souvent répété (« la vérité sort de la bouche des enfants »), mais c’est quelque chose qui s’apprend au fur et à mesure des années.

Face au pseudo-mensonge des tous petits, il est important de ne pas tout de suite dramatiser et porter un jugement de valeur, les traiter de manipulateurs ou de menteurs. C’est au contraire l’occasion de les remettre dans la vérité, de leur rappeler la réalité de manière à ce qu’ils fassent la part des choses. Si cela devient récurrent, interrogez votre degré d’autorité car un enfant craintif a tendance à mentir plus souvent qu’un autre. Expliquez à votre enfant pourquoi il est important de dire la vérité, car une valeur ou un comportement a plus de chance d’être adopté par l’enfant s’il en comprend l’intérêt et si ses propres parents le pratiquent eux-mêmes. Si vous ne respectez pas vous-mêmes la valeur que vous venez de lui transmettre, cela sèmera la confusion dans son esprit. Apprenez également à valoriser l’expression de la vérité en l’encourageant à chaque fois qu’il le fait, surtout quand vous savez que cela a été difficile pour lui.

Bref, le plus important en tant que parent est de favoriser le dialogue et l’écoute car beaucoup de raisons possibles peuvent se cacher derrière un mensonge. Donnez à votre enfant l’occasion de s’exprimer sur les causes de son mensonge et essayez de comprendre le pourquoi, d’évaluer la gravité du besoin qui se cache derrière cet acte et si nécessaire n’hésitez pas à faire appel à un professionnel.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Il est important d’être vigilent quand le mensonge cache des troubles affectifs ou une perte de confiance en soi à l’adolescence. Le mensonge peut également devenir pathologique quand son utilisation tend à être fréquente, quand l’enfant y a de plus en plus recours et que la réalité est remplacée peu à peu par ses récits. Ce comportement peut être révélateur d’un profond malaise qui nécessite une investigation rapide concernant ses origines.

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